« KOURI » de Dorothée Werner. Ed JC Lattès. Kouri est le nom de code pendant la résistance de Germaine Tillon. En 1950, Un matin elle se lève pour prendre le train et se rendre dans l’Est pour témoigner au procès de deux gardiennes accusées d’avoir tranché la tête à des prisonnières au camp de Ravensbrück, « Ce monde noir ». L’auteure raconte l’histoire de cette femme qui dans le train se remémore son histoire et celle de sa MAMAN, maman (qu’elle répète en minuscule deux ou trois fois) d’une émotion à vous faire venir les larmes. Ce n’est pas une biographie de Germaine Tillon mais ce roman est inspiré de faits réels et d’écrits de Germaine. C’est aussi une réflexion sur le monde qui l’entoure, sur la trahison des personnes et sur la vérité. L’accusation de ces deux monstres, qu’elle a connu dans le camp, repose sur un seul crime : ont elles coupées des têtes, oui ou non ? Et la réponse de son témoignage peut, soit les condamner à mort, soit les faire acquitter. Elle choisit la vérité malgré la « monstruosité des ces personnes qui ont commis des choses plus atroces ». Dans une lettre à sa meilleure amie : « Après une réflexion douloureuse, qui a manqué à plusieurs reprises de me tuer sur place, j’ai tranché : je suis décidé à dire la vérité. Celle-là même au nom de laquelle toi et moi avons survécu…… Nous savons pourtant toi et moi qu’elles sont autrement coupables,…… c’est à ce prix, à ce prix seulement, que nous resterons des êtres humains. ». Un livre à ne pas manquer. C’est grâce à des citoyens et des citoyennes de ce genre, et non aux gouvernements, qu’on aime un pays. Germaine n’aurait pas du être « panthéonisée » , enterrée derrière les murs de ce gigantesque monument mais être dans l’hexagone et dans le monde pour nous insuffler l’esprit de la résistance et d’indignation face à l’injustice. « L’indignation devant l’injustice est une source d’eau vive qui ne tarit jamais ». Une phrase de Germaine extraite de la lettre envoyée à Hélène « ma camarade si précieuse » qui m’a fait pensé à Georges Ibrahim Abdallah qui refuse d’actionner à nouveau la justice, « La justice est une utopie que la réalité ne cesse de crucifier ». Merci à Dorothée Werner d’avoir su et fait, avec merveille, de cette vie un grand roman historique et philosophique. Germaine écrivait « Seuls les romanciers nous sortent de l’approximation ». Alors sortez de l’approximation, lisez ce roman.
