■Intervention SCOP TI (Ex-FRALIB) du 13 janvier 2017 à Marseille au meeting de Benoit HAMON■
Bonjour, je suis Olivier LEBERQUIER Ex-délégué SYNDICAL CGT de FRALIB, je suis aujourd’hui Directeur Général Délégué de SCOP TI et toujours syndicaliste.
Les organisateurs de cette rencontre nous ont demandé d’intervenir ce soir pour parler de notre combat contre la multinationale UNILEVER qui a débouché après 1336 jours de lutte sur le maintien de l’activité de notre site, la réappropriation de l’outil industriel par les travailleurs de FRALIB sous la forme d’une Société Coopérative Ouvrière de Production. Vous comprendrez donc que nous ne nous exprimerons pas sur la vie politique et la préparation des élections présidentielles et législatives à l’ordre du jour.
J’interviens donc au nom des 76 ex-salariés de FRALIB qui ont mené ce combat dont font partie les 58 coopérateurs de SCOP TI.
Nous avons rencontré à plusieurs reprises Benoît Hamon pendant notre lutte, puis lorsqu’il a occupé la fonction de Ministre délégué à l’Economie Sociale et Solidaire et à la Consommation. Nous nous souvenons notamment du diagnostic que nous partagions sur l’importance de la question de la marque, que nous traduisions à cette époque-là par des chants de lutte dans les manifestations autour du thé Eléphant.
Nous nous sommes rencontrés le 16 novembre 2012, au cœur de notre conflit social, à la préfecture, alors qu’il venait pour conclure le 35ème congrès national des SCOP à Marseille ; nous lui avions alors remis symboliquement le projet de statut de notre future coopérative.
Nous avons créé notre SCOP en août 2014, juste après l’adoption de la nouvelle loi sur l’Economie Sociale et Solidaire, sur laquelle nous nous sommes exprimés à l’époque. Très vite derrière, est née la 1ère loi Macron qui, à travers l’orientation de son texte, est venu anéantir la portée de cette loi (dite, « loi Hamon »), qui permettait notamment aux salariés de reprendre l’activité de leur entreprise en cas de cession par l’employeur.
Nous avons commencé la lutte en 2010, dans un climat social très difficile, sous la présidence de Sarkozy, avec un ministre du travail, Xavier Bertrand, qui n’a pas hésité en début d’année 2012 à intervenir dans notre dossier en faveur du groupe UNILEVER. Ce dernier a permis à l’administration de la multinationale, qui pourtant avait commis d’innombrables irrégularités dans la procédure, de rester muette devant la justice et orienter l’issue de la procédure en sa faveur.
Ce que nous attendions après mai 2012, c’est qu’il y ait un réel changement ! Lorsque la droite est au pouvoir cela ne surprend personne qu’elle soit au côté du grand patronat, c’est dans ses gênes ! Elle est au service du grand capital !...
Le capital impose aux peuples des politiques antisociales et anti démocratiques. Il accroit encore ses pressions et son exploitation en s’appuyant sur les gouvernements qui l’accompagnent par des orientations et des stratégies de casse et d’abandon. Dans l’Europe du capital aujourd’hui, les politiques d’austérité exigées et appliquées répondent aux exigences patronales. En France, outre les volontés affirmées de s’attaquer à la protection sociale, l’emploi est sacrifié, et en premier lieu l’emploi industriel.
A l’opposé, nous sommes en droit d’attendre d’un gouvernement de gauche qu’il soit de notre côté, du côté des plus démunis.
Ce n’est malheureusement pas ce qui s’est produit et les exemples sont nombreux. Il y a eu l’ANI. Si cette loi avait été mise place avant 2012 nous n’aurions pas pu remporter les batailles juridiques contre la multinationale UNILEVER qui ont pesé considérablement en faveur de notre victoire.
On ne cesse de compter, depuis ces dernières années, les attaques du patronat pour casser le code du travail et réduire les droits des salariés.
Avec la nouvelle « loi Travail », loi El Khomri, nous nous trouvons confrontés à une nouvelle charge nous ramenant plus loin encore vers le passé. Car c’est une menace qui pèse désormais sur le droit le plus élémentaire du salarié s’inscrivant dans cette société, le droit de s’organiser, d’être représenté, de disposer d’un cadre de protection juridique, d’un contrat de travail, lui donnant la plus simple possibilité de se projeter et vivre ou survivre matériellement !
Ce que nous attendons d’un gouvernement qui se prétendrait de « gauche »… C’est d’abroger cette loi, dès son arrivée au pouvoir, ainsi que les lois ANI, Rebsamen, et Macron et de mettre en place de nouveaux droits pour les salariés pour leurs émancipations et l’amélioration de leurs conditions de travail. Porter la revendication des 32 heures et un salaire minimum de 1800 €, accompagnés d’un écart maximum de 1 à 4 entre le plus petit salaire et le plus élevé dans une même entreprise (C’est ce que nous avons réalisé à SCOPTI). Cela permettrait vraiment de relancer la consommation des ménages et de renverser enfin la courbe du chômage. Nous attendons d’un tel gouvernement qu’il prenne des mesures fortes de réforme fiscale, dans le sens d'une plus grande justice sociale, taxer le capital et pas seulement le travail. Il faut revaloriser le travail, présenté aujourd'hui comme un coût, et répartir plus justement les richesses ! Les actionnaires du CAC 40 se gavent aujourd’hui alors que des gens dorment dans la rue ou perdent leurs emplois ! Il s’agit de développer les services publics (hôpitaux, justice, transports publics, etc.), revaloriser les basses retraites. Comment vivre en effet aujourd'hui avec 600, 700 ou 800€? C'est pourtant la situation de plusieurs milliers de retraités !... Ce n'est qu'ainsi que l’on pourra remobiliser le "peuple de gauche" et pas à travers des débats et propositions sans rapports avec les problèmes et souffrances que nous subissons quotidiennement.
Nous ne pouvons plus accepter aujourd’hui, dans ce pays, alors que les richesses n’ont jamais été aussi élevées, il y ait plus de 9 millions de personnes vivant dans la misère !
Nous ne pouvons plus accepter les inégalités face au traitement de la protection sociale, que nos hôpitaux ne fonctionnent plus correctement faute de moyens. Nous sommes en 2017 et des personnes meurent aujourd’hui en France d’une simple grippe !
A notre niveau, nous avons mené le combat contre la multinationale UNILEVER et nous l’avons gagné ! Si nous ne nous étions pas battus, nous serions tous à Pôle Emploi depuis le début de l’année 2011 ! Aujourd’hui, nous sommes en 2017 et nous sommes toujours là, « debout », et notre usine fonctionne, grâce à notre travail et notre savoir-faire, cette victoire plus personne ne peut nous la retirer !
Nous avons également réussi la création puis le démarrage de notre SCOP à l’issue du conflit en 2014. Maintenant, nous devons gagner le combat dans lequel nous nous sommes engagés pour la pérennisation de notre coopérative et nos emplois. La lutte des Fralibs est connue au niveau national, mais on ne peut pas dire que la marque « 1336 » a cette reconnaissance aujourd’hui, ce serait aller un peu vite ! Nous n’avons ni la force de vente ni les moyens financiers de nos concurrents, dont le groupe UNILEVER, pour obtenir les supports publicitaires dont ils disposent et bénéficier d’une entrée dans toutes les grandes surfaces… C’est aussi pour cela que nous revendiquions l’attribution de la marque Eléphant durant le conflit avec le groupe UNILEVER. Cela nous aurait permis de nous installer rapidement et de couvrir toute la France. Aujourd’hui, nous recevons beaucoup de messages de personnes qui ne trouvent pas nos produits dans les magasins qu’ils ont l’habitude de fréquenter… Nous essayons difficilement de nous faire une place parmi les acteurs économiques du marché dans un contexte de farouche concurrence. Ce sont les limites de notre implantation commerciale. Notre projet est très riche du point de vue de son histoire, mais aussi des propositions que nous faisons en direction des consommateurs, que nous considérons volontiers comme des « consomme-acteurs ». L’histoire de SCOP-TI est une histoire singulière à travers laquelle chacun peut se reconnaître. Elle parle d’abord au salarié, dont le travail et la reconnaissance du savoir-faire sont menacés, au citoyen, qui peut y voir le triomphe d’une justice économique, politique et sociale à travers le maintien de l’emploi et la construction d’un modèle économique coopératif, puis au consommateur !... Nous avons amélioré la qualité des produits communément proposés sur le marché. Les produits 1336 sont des produits de qualité, que l’on voulait rendre accessible au plus grand nombre. La marque « 1336 » porte d’ailleurs en exergue le slogan : « Eveille les consciences, réveille les papilles »…
Chacun peut donc se retrouver dans l’aventure que nous menons à SCOP-TI! Nous soulevons énormément d’attentes. Mais nous évoluons dans un système néolibéral dominé par des critères financiers. L’approche de la population que nous touchons, par tous les aspects cités, n’est pas aisée.
Nous vivons dans ces contradictions et les réalités d’une crise profonde du système économique. Nous l’avons vu à travers les motivations du groupe UNILEVER… On voit néanmoins quelques changements s’opérer, des réajustements s’effectuer de la part de la grande distribution en direction de leurs clients mais qui sont encore insuffisants. Le développement des productions rencontre toujours des obstacles lourds !... Notre marque, « 1336 », est référencée dans pratiquement toutes les enseignes à des niveaux différents. Pour le moment seul Auchan référence nos produits à l’échelle nationale dans ses 123 magasins.
Toutes les difficultés que nous rencontrons, malgré tout, nous rendent aujourd’hui dépendants de ce qui constitue une « solidarité agissante », venue d’organisations et de personnes qui nous soutiennent à différents titres et qui souhaitent nous voir réussir ! Dans la perspective de développement d’un réseau de proximité intégré à la création de circuit-courts, nous encourageons le partenariat avec des collectivités locales (Associations, AMAP, Comités d’Entreprise, Organisations syndicales, réseaux politiques, etc.) et travaillons aujourd’hui directement avec de nombreuses organisations qui constituent un relais immédiat avec les consommateurs, de façon à faire connaitre la qualité de nos produits et de notre projet et à nous implanter dans toute la France. Ce maillage tissé à partir de collectifs de proximité répond à notre volonté d’intégrer ou de constituer de nouvelles formes d’échange et de nouveaux réseaux de distribution de nos produits. C’est pour nous primordial et incontournable pour la pérennisation de notre activité et la préservation de nos valeurs !
Nous avons également lancé, la marque « SCOP TI » qui offre une gamme de thés et infusions Bio dédiée aux réseaux spécialisés. Les produits de la marque SCOP-TI sont conditionnés à partir de matières premières raffinées et sélectionnées avec soin qui ont d’ailleurs la particularité de provenir exclusivement du territoire national, des richesses dont nous disposons en l’occurrence au niveau local ! L’objectif de la coopérative consiste à favoriser ainsi la revitalisation et la réorganisation d’une filière courte tout en valorisant la qualité gustative des plantes aromatiques que nous proposons. Nous espérons, dans cette perspective, contribuer à la relance du tissu agricole ainsi qu’au développement d’une Agriculture Biologique de qualité française labellisée. Ce qui peut s’avérer indirectement créateur d’emplois. Cette marque est déjà distribuée dans quelques magasins du circuit Bio ainsi que de nombreux réseaux militants. Nous venons d’obtenir un avis favorable avec l’enseigne BIOCOOP pour un référencement au niveau de la région sud-est, qui concerne une centaine de magasins. La grande distribution n’est pas insensible à ce nouveau marché et s’intéresse à nos produits. SCOP-TI s’est ainsi vu décerner le Premier Prix PME RSE Carrefour dans la catégorie "Approvisionnement Local" dans le cadre de son projet de "réimplantation d'une filière française de plantes à infusion". Notre projet séduit parce qu’il répond concrètement à une amélioration des produits destinés à la consommation et des moyens mis en œuvre pour y parvenir. SCOP-TI est un creuset, c’est un bien commun, un phénomène social à travers laquelle plusieurs attentes politiques, sociales et économiques convergent.
Pour nous, vraiment, sans hésitation, la lutte continue.
Notre combat relève de cette « guerre de classes », dont nous savons qu’elle est une réalité objective, présente à chaque endroit où le capitalisme y a vu l’occasion de spéculer (sur notre travail, notre santé, notre nourriture)… Cette guerre que nous menons [ensemble]nous entendons la gagner !


